Courage, flexibilité et encadrement fort: les trois mots d’ordre de la construction de routes

Roman Stalder est PDG de Stämpfli AG Bauunternehmung et, depuis peu, président de la direction des examens de contremaître de construction de routes. Dans un entretien, il revient sur son parcours et présente ses nouvelles responsabilités.

Roman Stalder est PDG de Stämpfli AG Bauunternehmung et, depuis peu, président de la direction des examens de contremaître de construction de routes. Dans un entretien, il revient sur son parcours, présente ses nouvelles responsabilités, et aborde les enjeux du marché de la main-d’œuvre qualifiée et l’importance de la formation continue. Il explique également pourquoi les contremaîtres font aujourd’hui face à des exigences inédites et en quoi leur profession est cruciale pour l’avenir de la construction.

Parle-nous un peu de toi et ton rôle dans l’organisation des examens de contremaître de construction de routes

Initialement formé comme dessinateur en bâtiment et maçon, j’ai suivi une formation continue de conducteur de travaux dans le secteur de bâtiment. Je suis entré par hasard dans le secteur du génie civil et de la construction de routes. Mon chef de secteur de l’époque m’a énormément appris lorsque j’étais conducteur de travaux. On m’a rapidement confié la responsabilité des travaux de revêtement. J’avais déjà 15 ans d’expérience dans ce secteur et étais de plus en plus attiré par la construction de voies de communication. C’est pourquoi j’ai choisi cette spécialisation lors de ma formation d’entrepreneur-construction. Ce qui me passionne, ce sont tous les défis – insoupçonnables lors de la planification – qu’il faut relever directement sur le chantier. Au cours de ma carrière, j’ai occupé des postes variés: chef de secteur et chef de département en génie civil, en travaux spéciaux du génie civil et en construction de routes. Fort de cette solide expérience, j’ai finalement rejoint la direction d’une entreprise de construction.

J’ai d’abord intégré la commission des examens de contremaître de construction de routes en tant qu’expert. Sur recommandation de mon prédécesseur, on m’a ensuite proposé de reprendre la présidence. J’aime assumer des responsabilités et suis attaché à la formation continue, qui ouvre sans cesse de nouvelles perspectives. J’ai donc accepté cette nouvelle fonction.

Te voilà président de la direction des examens de contremaître de construction de routes: quelles sont tes nouvelles missions et responsabilités?

J’interviens désormais dans l’élaboration des examens. Je veille à leur bon déroulement, je planifie à l’avance la répartition des candidats/tes et des experts/tes, et je participe à leur sélection selon les critères d’aptitude définis. Je travaille sur les examens en amont, j’examine leur pertinence pratique, je vérifie le système de notation et m’assure que les épreuves se déroulent dans de bonnes conditions. J’encadre par ailleurs les experts/tes, supervise le déroulement des examens, et interviens en tant que représentant des experts/tes en cas de contestations.

D’où te vient cette envie de t’impliquer dans l’examen de contremaître de construction de routes?

Participer à l’examen final de la formation fédérale de contremaître et soumettre des pistes d’amélioration m’intéresse tout particulièrement. Cette formation est absolument essentielle, car l’avenir de nos chantiers repose sur les jeunes diplômés/es.

Les contremaîtres endossent aujourd’hui beaucoup plus de responsabilités que par le passé. Ils épaulent désormais les conducteurs/trices de travaux, qui doivent gérer une charge administrative accrue tout en assumant de nombreuses missions. Les contremaîtres doivent par conséquent impérativement avoir conscience de leurs responsabilités et les maîtriser, car un chantier se dirige comme une petite PME. L’encadrement des équipes et la maîtrise des coûts sont des points essentiels. La formation permet d’acquérir toutes ces compétences. Pour former les spécialistes de demain, il nous faut un examen à la hauteur de nos exigences. Mon objectif est de préparer l’avenir, de former les jeunes, de faciliter leur quotidien professionnel et de les accompagner. Nous avons besoin de bons contremaîtres pour soulager tout le système.

Tu viens du monde de l’entreprise: où en est selon toi la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans la construction de voies de communication?

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est sur toutes les lèvres, mais le terme est aujourd’hui galvaudé. Il s’agit tout au plus d’une formule choc qui sert à sensibiliser. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est évidente, mais pas uniquement dans le secteur de la construction. Notre société privilégie systématiquement la voie académique, reléguant l’apprentissage et l’artisanat au second plan. On entend souvent que le métier de constructeur de routes est destiné aux élèves en difficulté scolaire.

C’est totalement faux: nous avons besoin de personnes observatrices, flexibles et à l’aise en mathématiques, car les calculs sont omniprésents dans notre travail. Et si les compétences linguistiques sont relativement secondaires dans nos métiers, elles ne doivent pas être négligées. Le secteur du bâtiment offre de nombreuses opportunités. Nous devons montrer aux jeunes qu’un métier artisanal est tout aussi valorisant qu’un poste dans la finance par exemple. La société doit changer de perspective. Nous devons former nous-mêmes nos jeunes, puis les fidéliser et les accompagner dans leur développement. Aujourd’hui, il faut également savoir prendre des risques, par exemple en accueillant des personnes en reconversion, en les formant et en les soutenant dans leur progression.

Quel rôle jouent les perceptives de carrière et la formation continue en général?

Il est à mes yeux essentiel que tout le monde ait accès à la formation continue dans notre secteur. Dans quelle autre branche peut-on, en sortant de l’école, suivre un apprentissage de constructeur/trice de routes CFC puis évoluer au poste de chef/fe d’équipe, de contremaître, de conducteur/trice de travaux, et enfin d’entrepreneur/ euseconstruction? À force de volonté et de patience, on peut aller très loin dans le secteur de la construction.

Quels sont, du point de vue des entreprises, les aspects essentiels de la formation et de l’examen de contre-maître de construction de routes?

L’approche pratique, la gestion de l’équipe, la communication avec les maîtres d’ouvrage et une bonne vision économique sont pour moi des points incontournables. Il conviendrait également de relever le seuil d’entrée au poste de contremaître en conditionnant l’admissibilité à l’examen à une expérience d’au moins un an en tant que chef/fe d’équipe.

Quelles sont les compétences que les contremaîtres de construction de routes doivent impérativement maîtriser?

Une bonne vision économique, autrement dit la maîtrise des coûts et des recettes, est indispensable. Cela implique des compétences variées: établissement des devis, métrés, travaux en régie, gestion des avenants, et capacité à résoudre les problèmes. La communication avec les maîtres d’ouvrage, les équipes et les directeurs/ trices des travaux est également essentielle.

Qu’est-ce qui a changé dans la formation continue depuis ton époque?

Beaucoup de choses! Aujourd’hui, tout va plus vite, la flexibilité est devenue essentielle, et les missions des contremaîtres sont nettement plus nombreuses. Face à des délais de plus en plus serrés, ils sont devenus le bras droit des conducteurs/trices de travaux. La communication et la gestion de l’équipe sont désormais essentielles. Parallèlement, la pression sur les prix et les délais a fortement augmenté, tandis que les compétences des directeurs/trices des travaux ont plutôt régressé.

Quelles évolutions du secteur des infrastructures impactent le plus les compétences attendues des contre-maîtres? Et comment sont-elles intégrées dans les examens?

Dans la construction d’infrastructures, la complexité accrue des projets, la nécessité d’une approche et d’une planification globales, et les nouvelles technologies comme le BIM redéfinissent les compétences attendues des contremaîtres. Le BIM est toutefois encore peu intégré dans la formation. La communication est un facteur clé auquel nous accordons beaucoup d’attention.

La formation de contremaître de construction de routes est dispensée sur le Campus Sursee, et les examens sont organisés par Infra Suisse sur mandat de la Confédération. Comment perçois-tu l’interaction entre l’organisme de formation et l’instance chargée des examens? Quelles sont selon toi les améliorations possibles et les éventuels points de tension?

Cette collaboration est selon moi constructive, empreinte de respect et axée sur les solutions. Nous partageons tous le même objectif: former de bons leaders pour les chantiers de demain. Nous avons la chance de disposer, pour les métiers de la construction, d’un centre de formation commun qui favorise la centralisation des informations et un échange d’expériences fructueux. Je regrette toutefois que l’espace réservé à Infra Suisse se réduise comme peau de chagrin et que les tarifs du Campus, même pour l’eau et le café, restent élevés.

Quels seront selon toi les principaux enjeux de la formation continue dans les prochaines années?

Je vois deux enjeux majeurs: l’élaboration de nouveaux examens adaptés aux évolutions de notre secteur et le niveau des personnes en formation.

Quels points comptes-tu aborder ou optimiser dans tes nouvelles fonctions, et de quoi es-tu déjà pleinement satisfait?

L’un de mes objectifs est de relever le seuil d’entrée à l’examen fédéral de contremaître. Une expérience préalable d’un ou deux ans comme chef/ cheffe d’équipe est selon moi essentielle pour acquérir l’expérience et l’assurance nécessaires. L’organisation de l’examen de contremaître et la collaboration avec Infra Suisse fonctionnent déjà très bien.

Y a-t-il un événement ou une expérience qui t’a particulièrement marqué dans ta carrière?

Je dirais mon propre parcours de formation, de l’école secondaire au diplôme d’entrepreneur-construction. Ma détermination, un soutien solide et de bonnes opportunités m’ont permis de faire une belle carrière dans le secteur de la construction. Je regrette toutefois que le diplôme d’entrepreneur/ euse-construction ne soit pas encore reconnu au niveau master. Cette évolution permettrait de revaloriser notre profession aux yeux de la jeune génération. Le diplôme de conducteur/trice de travaux correspondrait alors au niveau bachelor, et celui d’entrepreneur/ euse-construction au niveau master.

Quels conseils souhaites-tu donner aux contremaîtres de demain?

Osez! Faites des erreurs! – mais jamais deux fois la même. Explorez de nouvelles approches, restez intègres et n’oubliez jamais: VOTRE RÔLE EST ESSENTIEL!

A propos de l'auteur

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Schweizerischer Baumeisterverband

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