La politique libérale du centre est celle qui résout le mieux la pénurie de logements

La politique libérale du logement atténue la pénurie – mais elle est paradoxalement sanctionnée sur le plan politique.

Les solutions varient selon l’orientation politique

La pénurie de logements touche désormais de nombreuses communes parmi les plus de 2 000 que compte la Suisse. Les mesures typiquement défendues par les partis de gauche, tels que le Parti socialiste suisse (PS), Les Verts et les Vert’libéraux (PVL), incluent par exemple le droit de préemption foncière des communes. Les partis de droite, comme l’Union démocratique du centre (UDC) et la Lega dei Ticinesi, souhaitent quant à eux limiter l’immigration.

Les partis du centre (notamment Le Centre et le Parti libéral-radical (PLR)) encouragent la construction de nouveaux logements, éventuellement assortie de mesures de protection pour les ménages à faibles revenus (par exemple une certaine proportion de logements subventionnés).

Depuis 2003, les communes suisses sont majoritairement gouvernées par des partis de droite. En revanche, la majorité de la population ne vit pas dans des communes politiquement orientées à droite, mais plutôt à gauche. Lors des élections au Conseil national de 2019 en particulier, une part importante de la population s’est déplacée vers la gauche par rapport aux scrutins précédents : plus de 400 villages et villes sont passés du centre ou de la droite à la gauche.

Les communes de gauche sont souvent confrontées à une pénurie de logements

Le taux de vacance moyen pondéré par la population suit, au fil du temps, une évolution similaire dans tous les camps politiques. De la moitié des années 1990 jusqu’environ 2011, il diminue nettement, indiquant une tension croissante sur le marché du logement. Il augmente ensuite jusqu’en 2019, avant de reculer à nouveau jusqu’en 2023.

Malgré ce cycle commun, des différences stables apparaissent selon l’orientation politique : les communes de gauche affichent sur toute la période les taux de vacance les plus faibles, celles du centre se situent entre les deux, tandis que les communes à dominante de droite présentent généralement les valeurs les plus élevées. Les écarts entre camps se creusent surtout lors des phases de vacance plus élevée et se resserrent lorsque le marché du logement est particulièrement tendu.

La pénurie de logements entraîne des changements politiques

Les communes présentant un taux de vacance très faible aspirent particulièrement à un changement politique. Depuis 1995, l’orientation politique lors des élections au Conseil national a changé dans environ 3 000 communes.

Plus le taux de vacance est bas, plus les changements d’orientation politique sont fréquents. Dans 22 % des communes affichant un taux de vacance de 0,00 à 0,25 % au moment des élections, un changement de cap politique a eu lieu. Cette proportion diminue progressivement pour atteindre environ 16 % lorsque le taux de vacance augmente. La pénurie de logements peut générer une mobilisation ou un mécontentement susceptibles de faire basculer des majorités politiques.

Les communes politiquement situées au centre se révèlent particulièrement instables : elles basculent relativement souvent vers la gauche ou vers la droite. Les passages directs d’un extrême politique à l’autre, ou les changements de la gauche ou de la droite vers le centre, sont en revanche rares. S’il est compréhensible que la population réclame un changement de cap en cas de pénurie persistante malgré une politique centriste, les solutions radicales – tant à gauche qu’à droite – ne contribuent encore moins à atténuer la pénurie de logements.

La politique libérale du centre est la plus efficace pour réduire la pénurie de logements

Comment un changement d’orientation politique influence-t-il le taux de vacance ? Le graphique montre dans combien de communes le taux de logements vacants a diminué ou augmenté après un changement politique. Environ 3 000 communes ont connu un tel changement.

Un passage de la gauche ou de la droite vers le centre conduit le plus souvent à une hausse du taux de vacance, et donc à une détente du marché du logement. Les communes qui appliquent une politique équilibrée du centre, fondée sur une approche libérale – laisser jouer le marché, autoriser davantage de construction tout en assurant une certaine protection sociale – luttent le plus efficacement contre la pénurie de logements.

L’inverse est observé dans les communes qui abandonnent une politique centriste pour se tourner vers la gauche ou la droite : dans ces cas, le taux de vacance a diminué en moyenne de 0,15 point de pourcentage, ce qui est significatif sachant que le taux de vacance actuel en Suisse est d’environ 1,0 %. Les politiques extrêmes, telles que le plafonnement des loyers, ne font que figer la pénurie de logements au lieu de la résoudre.

A propos de l'auteur

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Luiza Maria Maniera

lmaniera@baumeister.ch

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